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Culs blancs

Issu d’une famille plutôt sédentaire, il a rapidement fallu que je voyage.  Ca me démangeait. Ca m’a pris à 18 ans, dès l’université et j’ai donc voyagé, chaque année, après avoir économisé les sous gagnés en remplissant les rayonnages d’un Brico Garden. Un besoin forcené, croyais-je alors, de rencontrer d’autres sociétés, d’autres gens, de comprendre le monde… A la réflexion, tout cela était un peu vain.  J’avais surtout besoin de mettre les mains dans le cambouis pour mieux  me comprendre. Et pour me tester. Bêtement. Stupidement. Mais honnêtement. Car J’allais jusqu’au bout de cette logique, revenant souvent avec l’assurance rapatriement (payée par ma mère) et, au minimum une chiasse implacable.

Je n’ai toujours pas bien compris ce que je fuyais à cette époque, mais il m’est apparu que ce n’était vraiment pas simple de trouver sa place dans le monde. On est toujours trop quelque chose et pas assez autre chose. Je crois avoir construit  la Charge du Rhinocéros là-dessus : sur le rapport à l’autre, au Sud, mais aussi parfois sur ma qualité de blanc d’ici, de belge, de bruxellois, c’est selon.  Qualité qu’il a bien fallu que je finisse par assumer.

J’ai beaucoup souri en voyant une répétition de la Parade des Culs blancs. Je m’y suis reconnu, comme j’ai retrouvé ces jeunes idéalistes –souvent en stage à la Charge du Rhinocéros- qui veulent aujourd’hui tenter l’aventure  humanitaire à la sortie de l’école –Ah, l’Humanitaire, cet ultime dépaysement dans un monde charterisé-.

Je me questionne depuis longtemps sur ce que signifie vraiment être bien. Bien entendu, ma perception est modifiée par mes lectures gauchisantes ou la consultation de journaux associatifs desquels je suis membre ou sympathisant. Le personnage de la Parade des Culs blancs cherche à être en paix avec lui-même. Pour (être) faire bien, il ira jusqu’au Paraguay rencontrer les indiens des tribus primaires. Il leur donnera tout, son eau, sa nourriture, même si ces interlocuteurs n’ont plus faim. Il s’essayera  à l’écologie, au tri sélectif, au bio qu’il achète sous plastique. Il fera tout bien comme il faut. Mais ne se sentira pas mieux…

J’aime le personnage de cette Parade des Culs blancs : il est généreux d’intention à l’égard des indiens du Paraguay. Et pas une seconde, il ne fait semblant que sa place est chez eux.

La Parade des Culs blancs c’est un spectacle de questions sur les questions ; posées par un homme qui va jusqu’au bout de sa citoyenneté responsable… C’est également un spectacle chargé d’auto dérision.

Riton Carballido, auteur et comédien, m’apparaît comme une personnalité des plus fréquentables. Il a notamment joué en première partie des Négresses Vertes, a été acrobate chez Zingaro avant de diriger un petit théâtre à Hesdin, près d’Arras.

C’est notamment pour ces raisons qu’il faut essayer la Parade des Culs Blancs, à la Vénerie le 15 octobre prochain à 20hrs.